Les invraisemblables excuses des combattants

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Il y a vraiment à raconter en matière d’excuses à la noix chez les combattants, et de tous temps. Une mine d’or. De Marco Huck qui sentait si mauvais que Povetkin n’a pas osé trop s’approcher de lui, ou la fameuse crampe de Roger Mayweather qui serait à l’origine de sa perte contre Chavez Sr., ou encore ce volcan qui aurait tellement perturbé Froch au Danemark qu’il ne lui a pas permis de remporter la victoire, et ainsi de suite.

Après quelques mois à tester le concept un peu oublié de «profil bas», l’ancien détenteur du titre WBC des poids lourds, l’Américain Deontay Wilder, est récemment revenu sous les projecteurs du public, ce qui signifie invariablement qu’il va dire quelque chose d’incendiaire, généralement via les médias sociaux. Dans une vidéo publiée sur Instagram et dans une interview en podcast, Wilder a revisité/révisé ses alibis après s’être fait surclasser par Tyson Fury dans un combat unilatéral et une fin tragique par TKO en février dernier.

Les excuses ont toujours fait partie des sports sanglants plus que les autres sports. La boxe produit souvent des athlètes solitaires, dont les égos sont au centre même de chaque parcelle de combat. Par exemple, ce qui rend Wilder si unique, cependant, c’est l’assortiment d’explications boiteuses et inimaginables qu’il a offertes pour discréditer la victoire du Gypsy King. L’une des meilleures positions quand un gars est vaincu est de ne rien dire. Mais il y en a qui ne peuvent pas rester silencieux.

Tout d’abord, Wilder a dans un premier temps blâmé son costume inspiré de Game of Thrones, qui pesait probablement plus lourd qu’une armure médiévale et qui lui a coûté 40000$. C’est cher pour une armure qui ne se photographiait pas bien et qu’on voyait à peine dans l’arène sombre. « Elle a été conçue, a expliqué Wilder, pour célébrer le Mois de l’histoire des Noirs. » Mais on dit que la plus part des gens n’ont pas réussi à faire cette connexion avec une tenue pareille. L’impression d’un journaliste était que Wilder avait simplement mélangé les mois, pensant que Halloween tombait en février. Selon Wilder, cette armure aurait sapé son énergie. Il aurait dû en rester là, mais comme ce n’était pas suffisant, probablement parce que lui-même n’était pas convaincu par ça, dans une vidéo de deux minutes décousue et quelque peu incohérente, il inventa d’autres excuses puis retourna sa colère contre le pauvre Mark Breland, qu’il a carrément fini par traiter de traître pour avoir jeté la serviette et peut-être pour lui avoir sauvé la vie. Wilder a également évoqué un complot contre lui, impliquant l’empoisonnement de sa bouteille d’eau. Cette accusation est vieille comme l’eau, elle est probablement apparue pour la première fois à l’époque des bagarres à mains nues. Sans parler des gants de Fury qui auraient été bourrés avec une matière suspecte. On a le droit de se plaindre, de contester si on n’est pas heureux, mais comment savoir si les excuses qu’on donne au public en valent la peine? Celui qui sait ça sait tout, et ils sont heureusement nombreux les combattants qui acceptent une défaite.

En matière de complot, seul Big George peut rivaliser avec Wilder quant au grand nombre de conspirations qu’il a juré avoir endurées. Après avoir perdu contre Muhammad Ali dans le Rumble in the Jungle, Foreman a dit à quiconque qui voulait l’écouter qu’il a été sans le moindre doute saboté. Non seulement les cordes avaient été délibérément desserrées, permettant ainsi à Ali de se pencher à l’écart de ses coups de marteau, mais Foreman a également dit qu’on lui a fait manger du poulet-bicyclette et du singe empoisonnés pendant le camp d’entraînement. Pour couronner le tout, Big George a affirmé que l’eau qu’on lui avait donné à boire avait un goût de médicament. La rumeur a circulé comme ça le long des murs durant des décennies et Big George n’a jamais cessé de laisser entendre qu’il avait été empoisonné. Foreman a réitéré ces accusations d’empoisonnement dans son livre de 2007 «Dieu dans mon coin», sa première de deux collaborations avec Ken Abraham. «Je l’ai presque recraché», a déclaré Foreman, qui s’était retourné aussitôt vers Sadler, son entraîneur qu’il a soupçonné : « Mec, cette eau à un goût de médicament. » Foreman poursuit: « Je suis monté sur le ring avec ce goût persistant dans ma bouche. Après trois tours, j’étais aussi fatigué que si je m’étais battu durant 15 rounds. » En apprenant cela, Muhammad Ali aurait plaisanté : « Il y avait un pire médicament qui l’attendait quand il est monté sur le ring, voilà l’histoire. »

Dick Sadler, dans un geste d’amitié et d’affection, a voulu prendre toute la responsabilité de ce qui s’est passé au Zaïre. Mal lui en a pris. Presque aussitôt qu’il a atterri aux États-Unis, Foreman l’a mis au chômage.

Le premier livre de Foreman, publié en 1995, lui a apporté une certaine publicité, attirant les projecteurs sur lui. Sadler, qui était avec Foreman depuis le début de sa carrière professionnelle – et avait travaillé avec d’autres grands boxeurs avant lui, notamment Archie Moore – était très respecté dans la communauté de la boxe. De plus, tout cela ne semblait pas très cohérent avec le fait que Foreman, qui a remplacé Sadler par Gil Clancy après sa défaite contre Ali, l’a réembauché comme entraîneur principal en 1977 après sa défaite contre Jimmy Young.

Lorsque Foreman a réitéré son allégation dans son livre de 2007, il n’y a eu aucun retour de bâton. À ce moment-là, Big George avait charmé le cœur de millions de personnes et le contredire équivalait à un sacrilège. Et Sadler n’était plus là pour se défendre. Il est décédé en 2003 à 88 ans. Sadler aurait donc empoisonné Big George en 1974 dans le Rumble in The Jungle, viré aussitôt à sa descente d’avion, réembauché 3 ans plus tard, en 1977, puis accusé à nouveau dans une biographie 30 ans plus tard, en 2007.

Toujours à propos de cette perte contre Ali, dans son autobiographie écrite douze ans plutôt, en 1995, Foreman s’est permis une autre invraisemblance. Il a expliqué que c’était parce qu’il avait vu un ami dans la foule, en plein milieu du combat, en train d’acclamer Ali. Ulcéré par cette trahison, Foreman a affirmé qu’il ne pouvait plus se concentrer et c’est pourquoi Ali a pu l’assommer au huitième tour.

Quand Kermit Cintron s’est fait battre et renverser par Sergio Martinez, il a tellement pleurniché qu’il a fini par décrocher un match nul. Vous pouvez marquer ce match comme le vol de l’année 2009, car Martinez a été volé deux fois dans ce combat. L’Argentin a largué Cintron avec une main gauche propre vers la fin du 7ème tour. A genoux, Cintron est compté par l’arbitre Frank Santore Jr qui finit par agiter les bras une fois arrivé à dix en déclarant que le combat était terminé. Cintron s’est alors mis à rouspéter haut et fort en prétextant qu’il a été touché par un coup de tête.

Kermit Cintron vs Sergio Martinez, 14 février 2009

Les replays vidéo d’HBO avaient clairement montré qu’il n’y avait rien d’autre que la main gauche de Martinez clouant Cintron. Étonnamment, après une pause de 2 minutes et demies, le combat a repris. Il était redevenu plus fougueux parce que Martinez était en pétard pour avoir été privé d’un KO qui ne souffrait d’aucune controverse, vidéos à l’appui. A la fin, l’erreur d’arbitrage de Frank Santore a été battue par l’incompétence des juges qui ont marqué le combat match nul, bien que Martinez était le combattant supérieur. Face aux questions des journalistes qui lui rappelaient l’évidence, à savoir qu’il était celui qui a décroché le moins de coups, Cintron a blâmé sa mauvaise performance en prétextant qu’il était très distrait et gêné par l’odeur de mousse à raser et de gel sur les cheveux de Sergio Martinez. Bien que l’Argentin avait les cheveux particulièrement brillants, peu de fans ont pris l’excuse de Cintron au sérieux.

À une autre époque, les entraîneurs n’hésitaient pas à arrêter les combats, au risque de devenir des boucs émissaires. Non seulement pour empêcher un combattant d’être gravement blessé, mais aussi pour éviter que le gars n’ait à supporter le fardeau d’une perte décisive et humiliante. Les formateurs, comme le montre le triste cas de Breland, ne reçoivent pas toujours la même considération. Même l’aimable Alexis Arguello a publiquement réprimandé Eddie Futch après avoir perdu dans un combat à couper le souffle contre Aaron Pryor en 1982. Arguello s’était plaint en affirmant que c’était la faute à Futch qui l’avait surentraîné. Si un entraîneur parvient à éviter une réprimande en public, il est souvent tranquillement remplacés ou rétrogradés dans le coin.

En avril 2010, Carl Froch s’est rendu au Danemark pour affronter le super-moyen redouté Mikkel Kessler, dans le pays d’origine du grand danois. À peu près au même moment, le Eyjafjallajökull (un volcan non loin de là) a explosé, formant cet énorme nuage de cendres qui a paralysé les vols européens pendant plusieurs jours. Froch a quand même réussi à rejoindre le Danemark et a perdu le combat par des scores serrés. A son retour, devant les journalistes qui l’attendaient à l’aéroport, Froch a expliqué qu’il a perdu le combat à cause de l’éruption du volcan qui aurait perturbé sa préparation et entraîné sa première perte en carrière en tant que pro. Nous ne savons pas ce qu’a déclaré Froch quand il a vengé sa perte contre Kessler quelques années plus tard.

Bien qu’il ait battu Marco Huck par décision majoritaire en 2012, l’équipe d’Alexander Povetkin a quand même voulu donner une excuse déconcertante pour sa performance laborieuse. Ils ont certifié que Huck sentait tellement mauvais qu’il a fini par distraire complètement Povetkin. Plus précisément et sans preuves, ils ont déclaré que Huck s’était moussé dans une sorte de substance illégale qui a tellement affecté les sens de Povetkin de sorte qu’il ne savait plus comment mener à bien le combat.

Celle-ci est une excuse avant-combat. Il n’y avait donc encore ni perdant ni gagnant quand, en 1995, Steve Collins a osé sortir une énormité du genre dans le but de déstabiliser son adversaire, l’incomparable excentrique Chris Eubank Sr., encore invaincu avec 43 combats. Peu avant son match contre le truculent britannique, Collins a déclaré aux médias du monde entier qu’il a été hypnotisé dans le but de nettoyer son esprit et que par conséquent Eubank n’avait aucune chance de le battre. «Pour la pesée officielle, raconte Collins, nous étions dans une petite pièce à l’arrière. Il est arrivé pendant que j’étais là en train de sauter, essayant de perdre le dernier gramme avant d’aller sur la balance. Eubank est entré dans la salle, il m’a vu sauter et il a fait un petit commentaire assez hautain. Il a dit: « Pas très professionnel tout ça », se rappelle l’ancien champion du monde. «J’ai alors posé la corde à sauter et je me suis dirigé droit vers lui. Nous retrouvant nez à nez, je lui ai dit: «Je suis le nouveau champion, je vais gagner parce que j’ai été hypnotisé.» Il m’a regardé en silence comme si j’avais dix têtes et je n’arrêtais pas de lui dire que j’ai été hypnotisé et que j’allais gagner. Je l’ai dit tellement de fois qu’il a eu peur car je parlais un peu comme un fou. Eubank a reculé et j’ai pu voir que je lui avais vraiment fait peur. Dans la salle quelqu’un a dit: «Qu’est-ce qui se passe ici», et je lui ai répondu que j’avais été hypnotisé, que j’avais un hypnotiseur avec moi dans la pièce. Je pouvais voir Eubank réagir à cela immédiatement, il n’était pas du tout à l’aise. J’avais Tony Quinn près de moi, un homme très intelligent, il est génial ce mec. Il a annoncé à tout le monde dans cette pièce qu’il m’avait en effet hypnotisé et que j’étais prêt. Quand il a dit cela, le visage d’Eubank s’était transformé. Tony a alors poursuivi en expliquant à tout le monde que, hypnotisé comme je l’étais, j’allais frapper avec précision, que je serais plus rapide, que je serais plus fort, que je ne ressentirais pas une seule fois la douleur et que si je me faisais couper, je ne saignerais pas. »

Eubank a voulu tout de suite se retirer du combat. Il a semblé complètement effrayé et découragé après que Quinn et Collins aient révélé leur méthode hypnotique, et le jour du combat, le champion a ouvertement parlé de sa réticence à se battre. « J’aurais préféré me retirer », a déclaré Eubank quelques heures avant le match. «J’aimerais annuler le combat si je le pouvais maintenant. C’est un territoire inconnu pour moi. Pour les 43 combats que j’ai eus dans le passé, j’ai toujours su dans quoi je m’embarquais. Je ne sais pas à quoi j’ai affaire ce soir. Je combats un gars avec un esprit mécaniquement altéré et c’est un domaine inconnu pour moi. Je ne devrais pas être mis dans cette situation. » 

Steve Collins vs Chris Eubank, 18 mars 1995

Bien que nous soyons tous d’accord sur le fait qu’Eubank soit parfois trop vantard et fantasque, pour son combat avec Collins, il était terrorisé à l’idée de combattre son compatriote qu’il croyait hypnotisé et fou, en protestant abondamment pour qu’on le croie. Collins a ensuite battu Eubank de façon convaincante.

A LIRE : La légende Chris Eubank Sr. [03/08/2020]

Les excuses cédaient parfois à des alibis tirés par les cheveux à la limite des contes de fées et de sorcières. L’une des excuses les plus étranges et probablement la plus vraie jamais avancée par un combattant a été lâchée par Jack Sharkey, dont la perte par KO en juin 1933 face au surdimensionné Primo Carnera a longtemps été entourée de mystère. Mais Sharkey a ajouté une touche de surnaturel au dossier au début des années 1970, lorsqu’il a déclaré à l’auteur Peter Heller que le gigantesque Carnera avait réussi à le frapper parce que l’image fantomatique du malheureux Ernie Schaaf s’était matérialisée devant lui sur le ring.

En fait, le géant Primo Carnera, un énorme gars effrayant à la force herculéenne, avait d’abord combattu Ernie Schaff au Madison Square Garden quatre mois avant Sharkey, et Schaff est décédé quatre jours après le combat des suites d’une hémoragie inter-crânienne. Il lui a fracassé la tête. Or, il se trouve que Schaff était un gars que Sharkey fréquentait et qu’il considérait comme un vrai pote. Suffisamment pote, semble-t-il, pour qu’il soit hanté par sa mort survenue après avoir subi un TKO contre ce même Carnera quatre mois plutôt. Ici, ce n’est pas sûr que Sharkey inventait un bobard. On sait aujourd’hui que les hallucinations visuelles ou auditives, à la suite d’un choc affectif, sont monnaies courantes dans la vie de tous les jours et peuvent être très bien traitées, et Sharkey pourrait bien avoir dit la vérité, marqué sans doute par la perte d’un copain.

Primo Carnera vs Ernie Schaaf, 10 février 1933

Plus célèbre, peut-être, c’est Roberto Duran, un homme qui, pendant des années, a incarné le code sauvage de la lutte pour les prix, mais qui a choqué le monde du sport lorsqu’il s’est détourné de Sugar Ray Leonard lors de leur match revanche de 1980 en prononçant la phrase devenue célèbre: « No mas. » Alors qu’il passait du jour au lendemain de la légende à la risée, Duran s’est retrouvé coincé en ne sachant quoi dire à la presse pour expliquer sa reddition. C’est son entraîneur, Freddie Brown, qui s’était alors chargé du sale boulot, en choisissant les crampes d’estomac comme excuse pour ce qui était alors considéré comme un geste inexcusable par les fans de boxe.

« Dereck Chisora ​​a montré du cœur, vous avez montré votre orteil ». C’est la fantastique citation de Bernd Boente adressée à David Haye pour se moquer de son excuse après sa perte contre Wladimir Klitschko en 2011. Avant sa défaite, pour se donner du courage, Haye n’a rien trouvé de mieux à faire que de simuler une bagarre avec Klitschko dans des circonstances assez farfelues. Haye avait pris une équipe de tournage et s’est rendu dans un centre commercial. Il a étalé sur des panneaux des photos des têtes des frères Klitschko, avant de se mettre à les insulter verbalement comme s’ils étaient là. C’est une méthode à la noix que certains mauvais psys peu formés utilisent encore aujourd’hui dans les pays anglo-saxons et parfois même en France. Après le combat, son explication pour justifier sa perte contre le Dr Steelhammer restera dans les annales comme l’excuse la moins réfléchie de tous les temps. Haye avait d’abord blâmé la durée du temps qu’il a passé sur le ring avant le combat, attendant que l’Ukrainien apparaisse, avant d’utiliser l’excuse qui est resté dans le folklore de la boxe: « Cet enfoiré m’a cassé l’orteil. »

Art Aragon, le premier « Golden Boy », l’original, a toujours été connu comme un farceur, mais il était vraiment sérieux lorsqu’il a justifié et relaté lui-même une de ces pertes. Il la raconte très bien. «Un soir, avant un grand combat, je me suis trompé et j’ai pris la mauvaise pilule. Au lieu d’un somnifère, j’ai pris une pilule qui vous garde éveillé. Je n’avais pas dormi de la nuit. Alors durant le combat, je m’étais endormi dans mon coin. Ils ont dû me réveiller quand la cloche a sonné. Je dormais entre les rounds, et je n’allais pas trop bien non plus pendant les rounds, je dormais. »

Très peu de combattants peuvent être comparés à Carl «Bobo» Olson dans le domaine des excuses imaginaires. Selon Bobo, il a perdu plus d’un combat à cause de certains actes néfastes. Olson a un jour affirmé qu’une fuite de gaz dans sa loge l’avait laissé étourdi avant sa perte par KO. Olson a aussitôt accusé la team de Jose Torres d’avoir cherché à l’empoisonner à cause de tout ce gaz qu’il a annihilé dans les vestiaires avant la sonnerie de la cloche.

Jose Torres KO Bobo Olson, 27 février 1964

Une fuite de gaz dans un vestiaire était presque surréaliste, mais Olson a eu plus que sa part de concurrence de l’excuse la moins crédible. Shane Mosley a blâmé une nouvelle paire de chaussures pour sa perte unilatérale contre Manny Pacquiao. Humilié par Lamon Brewster en 2004, Wladimir Klitschko a affirmé, entre autres, avoir été littéralement miné par une vaseline trop forte que lui a appliquée son cornerman trop zélé, Joe Sousa. Le fait que Klitschko ait un doctorat en sciences du sport ne faisait que rendre cette affirmation plus absurde. En 2005, Roy Jones Jr. a offert à mes yeux une excuse indubitablement psychanalytiques, un must, pour sa défaite par décision face à Antonio Tarver. Pour Jones, il a perdu le combat à cause d’une querelle qu’il a eue avec son entraîneur de père qui était autoritaire, en la racontant avec ces mots: «Si je continue et que je gagne ce combat, qui, à votre avis, obtiendrait la gloire?» a demandé Jones au journaliste qui l’interviewait. « Pas moi. Pas Dieu. Toute la gloire serait revenue à Roy Jones Sr., et il ne la méritait pas. »

Ainsi, « Le combat du siècle » s’est avéré n’être rien de plus qu’un combat d’exposition entre deux vétérans du sport. Mayweather a dominé Pacquiao pendant une grande partie du combat, dépassant le tourbillon philippin avec des statistiques claires et sans appel. Cependant, après le combat, Pacquiao a imputé sa mauvaise performance à une blessure à l’épaule. Comment a-t-il guéri? Son rétablissement est survenu grâce à Dieu qui lui a dit d’aller nager dans une mer d’eau salée. Pacman prétend n’avoir jamais vu de médecin et avoir été complètement guéri depuis par la grâce de Dieu. Contre Marquez, Pacquiao avait tout mis sur le dos de ses chaussettes. Contre Morales, c’étaient les gants. Pacquiao a eu plus d’une excuse hilarante tout au long de sa carrière, bien que l’histoire de l’épaule reste la plus célèbre.

Le sexe, la drogue et un style de vie nocturne effréné sont également des excuses toujours bonnes à dire pour les combattants, allant du fêtard Abe Attell à Lew Jenkins en passant par Mike Tyson. L’incomparable et sympathique Bert Cooper, qui avait assommé Holyfield, avait rassemblé tous ces éléments dans une théorie du complot digne d’un épisode de la série lourdingue des Enquêtes Extraordinaires qu’affectionnait Pierre Bellemare.

Bert Cooper, Mills Lane et Evander Holyfield, 23 novembre 1991

Selon Cooper, trois jours avant le combat, deux femmes sensuelles, des jumelles identiques, l’avaient attrapé dans le hall de l’hôtel Macha et l’ont emmené dans une chambre pour abuser de lui contre son gré dans une partouze frénétique durant 72 heures. «Je n’ai pas dormi pendant trois jours», avait raconté Cooper à Ken Rodriguez du Miami Herald des années après le combat. «Elles m’avaient mis en pièces. J’avais bu environ un fût entier à moi seul et aussi des boissons mélangées avec du thés glacés de Long Island, le tout avec deux railles de coke. » Il n’y a pas besoin d’être un ingénieur des fusées pour comprendre que Cooper était un peu mythomane, voire dérangé.

Ces dernières années, le paramètre par défaut pour les rouspéteurs qui perdent par décision est d’insister sur la victoire quels que soient le résultat donné par les juges. Un exemple parfait de cette pseudo-justification sans imagination apparaît chaque fois qu’Adrien Broner perd aux points et, plus récemment, lorsque Vasyl Lomachencko s’est fait dominer par Teofimo Lopez. Quand un Lomachenko somnolent s’est finalement agité au milieu du combat, Lopez était déjà loin devant après avoir construit une avance insurmontable sur les trois fiches des juges. Mais le résultat des juges n’avait guère d’importance pour «Hi-Tech», disant qu’il avait gagné quand même le combat. Loma a expliqué en insistant sur le fait que son style à bas régime était plus que suffisant pour surmonter et dépasser le travail de Lopez.

Comme Wilder, Lomachenko n’est qu’un autre combattant de classe mondiale pour qui un moment de vulnérabilité est pour lui quelque chose d’inacceptable. Sans parler de fierté ou de dignité, comme chacun sait l’acceptation de l’incertitude, des limites et, en fin de compte, de la défaite est, en un sens, d’abord une responsabilité professionnelle. Mais également une délivrance. Une perte ne se double pas forcément d’une humiliation publique. C’est du sport. «Et ce qui suit est une blessure», a écrit Floyd Patterson. « Une blessure confuse, donc pas une blessure physique, c’est une blessure au niveau de l’âme combinée à de la colère. C’est une blessure de la pensée, une blessure honteuse de ma propre capacité, et tout ce que vous voulez, c’est une trappe au milieu de l’anneau, une trappe qui doit s’ouvrir pour vous accueillir d’un coup et vous laisse atterrir dans votre loge au lieu d’avoir à sortir du ring et à faire face à ces gens. La pire chose quand un combattant perd est de devoir sortir du ring et d’affronter ces gens. » Il n’y a aucune raison qu’un combattant se sente obligé de ressentir la même chose que Patterson quand il perd.


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