Le style post-mexicain, une boxe véritablement mondiale, arrive

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Historiquement, certains styles de boxe et même certains coups de poing étaient associés à différents pays, et ces styles régionaux ou nationaux pouvaient s’expliquer par ce qui définissait ces pays et leurs cultures. Certains historiens de la boxe racontent que le « poinçon de bolo », perfectionné par Kid Gavilan, provenait de la façon de balancer une machette dans les champs de canne à sucre cubains.

Ce large coup d’arc est toujours appliqué aujourd’hui, à la fois par les Cubains, comme Rances Barthelemy, entre autres, dans le cadre d’un arsenal standard, et comme une sorte de tactique pour distraire un adversaire ou pour démontrer une domination totale sur lui dans le ring. Ca peut fonctionner, comme ça peut faire flop si le gars en face n’aime pas trop être intimidé.

Notez que l’une des choses que les boxeurs cubains ont le plus en commun (le terme préféré est « stock » pour les gitans d’origine irlandaise et anglaise) est un très bon mouvement de tête et un style qui repose sur beaucoup de feintes et d’évasion, par opposition au blocage, comme on peut le voir chez Tyson Fury, son cousin Hughie ou encore son autre cousin Billy Joe Saunders pour les exemples de ce style.

Une explication que j’ai lue sur cette forte dépendance à esquiver plutôt qu’à bloquer est que c’est une tradition qui remonte à l’époque des combats à mains nues (d’ailleurs certains différends peuvent encore être réglés de cette façon lors de luttes pour le titre de «roi des gitans»). Le fait d’éviter un tir a toujours été de loin la chose préférée. Le lecteur sait que c’est une chose d’absorber une balle gantée, et une toute autre chose que d’encaisser une patoche nue qui gratte les os du visage.

Un autre mouvement de boxe qui remonte à l’époque des mains nues des voyageurs est la « chancellerie », un terme intraduisible en français, que vous avez évidemment vue en action même si vous ne connaissez pas son nom. En termes simples, c’est quand un combattant tient son adversaire derrière la tête (généralement avec sa main non dominante) et continue de le clouer avec son autre poing. Dans l’ère moderne, les combattants enclins à cette tactique (comme Muhammad Ali) l’ont utilisée simplement pour stabiliser leur ennemi quand de grosses fusillades pleuvent sur eux.

Traditionnellement, cependant, cette prise utilisée par des vicelards était une condition préalable vraiment nécessaire pour essayer de creuser et d’arracher littéralement l’œil d’un adversaire hors de sa tête. C’est horrible, oui, mais cela a un certain sens. Contrairement aux films d’horreur, il est très difficile de retirer un œil de la tête, car il est câblé à une série de nerfs et de fibres qui le maintiennent en place. Parfois, ce mouvement se manifeste encore dans l’arsenal des gitans.

Certains styles spécifiques de boxe naissent des conditions dans lesquelles on a appris nos coups de poing. Les combattants qui ont été intimidés lorsqu’ils étaient enfants (Oscar De La Hoya, Mike Tyson, Joe Calzaghe) semblent valoriser la vitesse et la méchanceté pure dans une égale mesure et donnent l’impression parfois de combattre leur fantômes de bourreaux qui les avaient martyrisés dans leur enfance en lieu et place des hommes qu’ils ont littéralement en face d’eux dans l’anneau.

Les événements politiques façonnent également les styles. Parce que certains pays ont interdit la boxe professionnelle, leurs cultures ont privilégié un style amateur / olympique qui préférait valoriser les points de score plutôt que d’infliger de réelles punitions. Ces habitudes restent ancrées chez les jeunes combattants et finissent par les poursuivre durant leur carrière longtemps après avoir quitté leur pays pour s’installer chez les pro. Sans que vous ayez à chercher plus loin, un exemple récent est la dernière décision gagnante scandaleuse de Guillermo Rigondeaux sur Liborio Solis, qui lui a valu une décision partagée l’autre soir contre le Vénézuélien, alors qu’il aurait probablement dû perdre ou faire match nul. Les huées de la foule sur place n’étaient pas des réactions bidons.

Une autre façon de combattre est le style mexicain. C’est évidemment le cachet le plus excitant. Mais il y a un débat chez les fans de boxe qui concerne précisément ce style.  Les fans de boxe sont de toute façon procéduriers par nature et débattront de tout dès lors qu’il s’agisse de sport, pas seulement de boxe, même si les contours du principe sont généralement acceptés par la plupart des fans.

Le style mexicain, en bref, englobe à la fois un style de compétition et toute une philosophie de combat. Le style repose fortement sur les combats intérieurs, avec de grosses fusillades et un accent particulier sur les coups au corps placés chirurgicalement, délivrés avec une précision punitive aux reins et au foie. L’un des rois du genre qui me vient immédiatement à l’esprit et le grand Erik Morales.

Les plus grands pratiquants de cette école ont pourtant de bien meilleurs pouvoirs défensifs qu’on ne leur attribue généralement. Mais il est également entendu que la science ne suffit pas. Il ne faut pas simplement démontrer un jeu de jambes sophistiqué ou un grand tact scientifique évasif.

Il leur faut systématiquement prouver qu’ils ont des couilles, si vous m’autorisez cette expression. Même s’ils ont la capacité de frapper sans se faire frapper, il préfèrent souvent échanger en déclenchant des échanges impressionnants dans des conditions égales afin de prouver quelque chose à soi-même et de contrôler son adversaire, et aussi de donner aux fans ce pour quoi ils sont venus. Dans ce sens, le style mexicain, par rapport au style cubain, basé sur la fuite et la défensive, sont en quelque sorte complètement opposés.

C’est la partie éthique de l’équation, le Bushido, la voie du guerrier selon les Japonais, si vous voulez, ou The Way, le chemin du non retour.

L’un des plus grands partisans récent du style mexicain est bien sûr Gennady Golovkin, un combattant dont les meilleurs jours sont (sans doute) derrière lui, mais qui a toujours fourni aux fans un bon rapport qualité-prix et a été dévastateur de près, en particulier avec ses coups de massue au corps et ses crochets à la tête. Matthew Macklin en sait quelque chose. Il a comparé le tir au corps qui l’a écoeuré et l’a laissé sans respiration contre Triple G comme étant le plus proche pour qu’un homme puisse ressentir ce qu’est un accouchement. Je n’ai pas à vous dire que Triple G est originaire du Kazakhstan et, à moins que votre géographie soit particulièrement désastreuse, vous savez que le Kazakhstan est très loin du Mexique.

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À l’inverse, l’ennemi de Golovkin, Saul « Canelo » Alvarez, un fils littéral du Mexique, est passé d’un style plus robuste à un boxeur-puncheur fluide qui s’appuie sur des feintes, des glissades, des mouvements délicats et des acrobaties délirantes qui rappellent plus James Toney que Julio Cesar Chavez. Il y parvient avec aisance, il a donc tout à fait raison de ne pas s’en priver.

Canelo a eu un baptême de feu en boxe impressionnant, avant de devenir pro à l’âge incroyablement jeune de 15 ans (ce qui est illégal dans certains pays). Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, le gars n’est pas en haut de l’affiche par hasard. Même si son expérience déplorable dans le ring avec des adversaires de classe mondiale incroyablement talentueux, comme Erislandy Lara et Floyd Mayweather, ainsi que ses campagnes dans plusieurs divisions, ont donné à Canelo un style qui dément son manque de pedigree amateur. Supprimez tout ce que vous savez sur le passé du gars et regardez l’une de ses récentes performances, par exemple contre Danny Jacobs, et vous ne seriez probablement pas choqué si quelqu’un vous disait que le gars a eu trois cents combats amateurs avant de devenir pro.

Si un homme de Karaganda se bat comme un gars de Sinaloa et un homme de Guadalajara se bat comme s’il était d’Aubervilliers, cela souligne un point soulevé par Max Kellerman il n’y a pas si longtemps à propos de la boxe à une époque de fécondation réelle stylistique croisée. Depuis l’avènement de YouTube, les styles se mélangent et la boxe devient une confiture. Ceci n’est pas une critique.

La boxe a été mondiale depuis longtemps, et naturellement il y a toujours eu des adaptations au cinéma et des créations artistiques comme on l’a vu avec les films Rocky ou Mike Tyson, lequel, grâce à la vaste collection de bobines de films du formateur Cus D’Amato, on pourrait avoir une idée de la façon avec laquelle les hommes ont combattu il y a 30 ou cent ans, ou dans le cas des Jeux de Pancrace, il y a des milliers d’années.

Pancrace

Mais à une époque où des plates-formes telles que YouTube et les flux qui existent en temps réel, les styles ne se sont jamais fusionnés aussi librement. La façon avec laquelle les gens se battent dans d’autres pays éloignés n’a jamais été aussi facile à regarder.

Il convient d’ajouter que certains styles ne sont pas aussi nouveaux que nous le pensons. Ils renaissent plutôt, apparaissant dans de nouvelles incarnations via des combattants modernes, comme avec Lomachenko et ses backflips (saut en arrière), qui sont bien les siens, mais beaucoup de ses angles et de ses rafales très douillettes sont tout droit sortis de la méthode de Willie Pep.

Un autre point qui mérite d’être mentionné ici et qui affecte les boxeurs depuis plusieurs générations maintenant, sont les contributions spécifiques de Bruce Lee via le Jeet Kune Do et l’intérêt plus général pour les arts martiaux. Le dégel des hostilités entre le mondes de la boxe et du MMA va également éventuellement affecter les deux sports de manière significative.

Cela fait longtemps que le promoteur Bob Arum n’a pas fait de commentaires hostiles sur l’UFC. Il déclare carrément tout le contraire aujourd’hui, alors qu’il s’est insurgé à en perdre la voix lorsque Floyd Mayweather a annoncé son combat avec Conor McGregor. Contre Arum, Dana White de l’UFC a généralement été aimable en donnant à la boxe son dû.

Il est difficile, probablement impossible pour le moment, de spéculer exactement sur le type de nouveaux styles de boxe qui vont naître dans les années à venir grâce aux changements technologiques et politiques qui ont façonné le monde des sports de combat. Mais je parierais qu’il y ait un gamin en ce moment, peut-être au Mexique, peut-être au Kazakhstan ou au Ghana, qui va, en regardant des clips de Lomachenko, de Bruce Lee, de Canelo Alvarez et d’Anderson Silva sur YouTube, mettre tout en œuvre pour tisser une nouvelle façon de faire qui sera un mix de tout ça, en faisant probablement des mouvements de danse ou des ballets peu orthodoxes pour améliorer le positionnement de son pied ou de son torse.

Peut-être que certains amis de cet enfant dans la salle de gym se moqueront de ses postures de yoga ou de ses pas de danse, ou peut-être qu’ils penseront qu’il perd son temps à lire des tomes ésotériques sur les arts martiaux. Mais je parierais que ce gamin va leur botter le cul dans les années à venir. En fait, je parierais sur lui.

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