La traversée du désert de Djamel Dahou, un champion de boxe sacrifié par son pays, malgré les victoires

Si vous étiez né en Algérie et que vous vouliez réussir dans la boxe, il vaut mieux pour vous de commencer par quitter ce pays. Vous pouvez aller n’importe où. Vous pouvez même rester dans le continent et vous installer en Tanzanie ou au Ghana. Mais pas en Algérie si vous êtes un amateur de boxe.

Le pays des révolutionnaires délaisse complètement ses boxeurs. C’est une hérésie. C’est un non-sens, une trahison. L’actuel Ministre de la jeunesse et des sports, El Hadj Ould Ali, comme ses prédécesseurs, n’ont jamais rien fait pour la boxe depuis la fin du règne de Hamani.

Malgré son palmarès impressionnant, le boxeur invaincu Algérien, Djamel Dahou, vit une véritable injustice. Une traversée du désert qu’il parvient parfois, en bricolant avec l’aide de son père et en s’autofinançant, à casser. En bientôt trois ans, ce champion WBC n’aura combattu qu’une seule fois, en mars 2017. Son avant dernier combat s’est déroulé au mois de décembre 2014.

dahou

Djamel Dahou raconte : « J’ai été obligé moi-même de vendre mon propre logement pour financer mes déplacements à l’étranger. Nous sommes partis jusqu’à Accra au Ghana sans staff médical ni kiné pour disputer la finale d’un championnat du monde et ramener la ceinture WBC à la maison. »

A leur retour du Ghana en 2014 avec la ceinture UBO [Universal Boxing Organization] dans les bagages, Dahou et son équipe avaient donné le récit de leur voyage. On est presque gêné de le reproduire ici mais on se dit aussi qu’il faut que les gens sachent. Les conditions dans lesquelles s’est effectué leur croisière donne une idée de l’ampleur de l’abandon des boxeurs algériens par les fédérations et les pouvoirs publics.

dahou-tyson

Imaginez un champion de boxe WBC en train de voyager debout dans un car, durant plus de 900 kms en plein désert africain, nourri durant son périple cauchemardesque probablement avec des sandwich au fromage. L’eau n’a sûrement pas manqué puisqu’il est revenu vivant. C’est une traversée du désert hallucinante mais hélas vraie que vit actuellement Djamel Dahou, un sympathique jeune homme qui va fêter ses 25 ans. Lui et son équipe ont fait ce voyage d’un autre temps pour aller pourtant défendre les couleurs de l’Algérie. Alors que le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale algérienne, l’Espagnol Lucas Alcaraz, va toucher un salaire d’environs 65 000 euros par mois. Soit près de huit millions de dinars. Non vous ne rêvez pas.

Djamel Dahou a fait un retour brillant en mars dernier, après près de trois ans d’absence suite à une blessure. Il a remporté une belle victoire contre le Mexicain Alexis Acosta chez lui à Sinaloa, au Mexique. Acosta a visité le tapis dès le 3ème round, et c’en était fini. Il était censé venger la perte de son compatriote, Daniel Valenzuela, mis ko dès le premier round en décembre 2014 à Bordj Bou Arréridj, une ville située entre la kabylie et les hauts plateaux, en Algérie. Dahou n’a jamais connu la défaite. Cette quatorzième victoire à Mexico est la douzième avant la limite du fils de Tiaret, âgé à peine de 24 ans.

Resté inactif durant plus de deux ans faute de sponsors et de moyen, Dahou a fini par perdre tous ses titres. Aucune aide financière ni aucune subvention publique ne lui a encore été accordée. « Si vous voyez la salle d’entrainement à Tiaret où mon fils se prépare pour ses tournois internationaux, vous allez pleurer toutes les larmes de votre corps », lâche Mokhtar Dahou.

dahou-ceinture

2 réponses

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s